Une histoire gourmande mais également une belle histoire humaine…

Il était une fois un joyau en forme de larme serti dans l’océan Indien… île à la culture séculaire et à la nature généreuse, le Sri Lanka enchante les voyageurs depuis l’époque de Marco Polo et déploie de véritables trésors : cités anciennes, plages sablonneuses, fraîches montagnes, danses magnifiques, processions d’éléphants… tout semble n’être qu’enchantement, environnement splendide et richesse culturelle.
Et pourtant, ce morceau de paradis n’a pas été épargné par les épreuves.
Cet Etat insulaire de 65 610 km2 du sous-continent indien, situé au sud-est de l’Inde et à l’est des Maldives, a porté différents noms, Tambapanni en 543 av.JC, Taprobane avec les grecs, Serendip avec les Arabes, et Ceylan jusqu’en 1972 date de la proclamation de la république Sri Lankaise. Successivement colonie portugaise, néerlandaise puis britannique, le pays a obtenu son indépendance en 1948. Et pourtant le calme ne s’est pas installé.
De 1983 à 2009, une terrible guerre civile a opposé le gouvernement du Sri Lanka, dominé par la majorité cinghalaise bouddhiste, aux Tigres de libération de l’Îlam tamoul (LTTE), organisation séparatiste luttant pour la création d’un État indépendant dans l’Est et le Nord du pays, majoritairement peuplé de Tamouls. Le conflit aurait fait 80 000 à 100 000 morts entre 1972 et 2009.
L’histoire qui nous intéresse aujourd’hui, a débuté en 1984, lorsqu’un jeune homme a été mis dans un avion au Sri-lanka par son grand frère, afin qu’il parte se forger une vie meilleure loin de leur patrie déchirée.
Rasu Ratnalingam est arrivé en Suisse Allemande, un pays inconnu, ne connaissant personne et ne comprenant pas la langue. A force de courage, de persévérance et de beaucoup de travail, il a petit à petit construit sa vie professionnelle et familiale. Aujourd’hui, avec sa compagne d’origine espagnole et leurs trois enfants, ils forment une belle famille soudée. Infirmier spécialisé en Alzheimer et démence, son courage et son abnégation lui ont permis non seulement de réussir sa propre vie, mais également d’ouvrir la voie à d’autres membres de sa famille, qui ont ainsi pu échapper à l’enfer d’un pays déchiré et se reconstruire dans différents pays d’Europe.
Et si aujourd’hui sa nièce Sobana et son mari ont été récompensé par le prix de la meilleure baguette de Paris 2026, il peut être fier.

La nouvelle est tombée le 26 février : Sithamparappillai Jegatheepan a signé la meilleure baguette de Paris! Depuis, au 103 rue Didot dans le XIVème Arrondissement au Fournil Didot, c’est l’effervescence. De 600 baguettes Tradition quotidiennes la production a dû être augmentée à 1000. Le boulanger est beaucoup sollicité par les médias mais également félicité par les clients de plus en plus nombreux. Avec son épouse Sobana et leurs deux filles Arunika et Asmitha, ils peinent encore à y croire. Plus habitués à l’humilité et à la discrétion, ils sont presque gênés devant tant de reconnaissance mais répondent volontiers à toutes les sollicitations, avec beaucoup de gentillesse et de patience.
Grand prix de la baguette de tradition française de la ville de Paris 143 baguettes ont été évaluées par un jury composé de professionnels, de représentants des fédérations et de Parisiens tirés au sort. Un concours organisé depuis 1994, conjointement par la Ville et le Syndicat des Boulangers Pâtissiers du Grand Paris. Cinq critères précis ont guidé la dégustation : l’aspect, le goût, la cuisson, la mie et l’alvéolage. La baguette primée respecte scrupuleusement les critères du concours (250 à 255 grammes, 55 à 60 centimètres), et se distingue par l’invisible : quatorze heures de fermentation à 5 degrés. La pâte se lève, c’est ce qu’on appelle le pointage. Ce temps long développe les arômes, structure une mie alvéolée, offre une croûte dorée et fine. Et pour la déguster ? Nature, ou juste tartinée de beurre salé.

Arrivé en France, à Paris en 2003, Sithamparappillai Jegatheepan a toujours travaillé dur, enchaînant les petits boulots dans la restauration. En 2008, il est entré en pâtisserie et a appris à confectionner des macarons, figure exigeante du savoir-faire français. Le pain viendra ensuite, presque naturellement. Il s’y forme, s’y consacre totalement. En 2018, il s’installe à son compte Boulevard Lefèvre et en 2022, un deuxième établissement rue Didot. Il perfectionne sans relâche son geste et le tourne en passion. « Une baguette Tradition, ça ne se fait pas du jour au lendemain. C’est un mélange d’eau, de farine, de sel et de levure. Mais ce qui fait vraiment la différence, c’est l’art du pointage : ce temps de repos, cette fermentation lente, à la bonne température. »
Désormais il maîtrise à la perfection ce savoir-faire emblématique du patrimoine gastronomique français et devient le fournisseur officiel de l’Élysée pendant un an ! C’est un honneur certes, mais il souhaite poursuivre sa route en toute simplicité, appliquant quotidiennement une règle simple : » persévérer » car « le pain exige rigueur, humilité et travail constant. »
Dans un contexte marqué par la fermeture de nombreuses boulangeries, Sithamparappillai Jegatheepan défend un métier qu’il juge essentiel au lien social et face aux nouvelles habitudes alimentaires, il a élargi sa gamme et propose, par exemple, du pain biologique ou élaboré avec des farines spéciales. Les pâtisseries et viennoiseries ne sont pas en reste. Mais il reste convaincu que la baguette traditionnelle demeure un repère.
